Nos classes et nos services surchauffent en été et gèlent en hiver. Le bâti scolaire breton est à bout de souffle, nos conditions de travail et les conditions d’études avec lui. La rénovation énergétique n’est pas un luxe : c’est une urgence sociale, écologique et démocratique.
Juin 2025 : plus de 80 départements frappés par la canicule, plus de 2 200 établissements scolaires fermés en France. Janvier 2026 : une vague de froid retarde le retour des élèves et des personnels dans plusieurs académies, faute de chauffage fonctionnel. Entre ces deux épisodes, une réalité qui ne change pas : les écoles, les lycées, les collèges et les services administratifs de l’Éducation nationale sont des passoires thermiques inhospitalières l’été, inconfortables l’hiver, chroniquement dégradées.
En Bretagne, la Région semble avoir pris la mesure du défi avec son plan Lycées 2040 et son Plan Énergie Lycées. Mais, l’effort demeure insuffisant, fragmenté. Pour la CGT Éduc’action Bretagne, l’heure n’est plus aux études préalables : il faut un plan massif, financé, planifié et co-construit avec les personnels
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1. Un bâti scolaire à bout de souffle

Les bâtiments de l’Éducation nationale produisent 1,5 % des émissions de gaz à effet de serre françaises. Ces chiffres, documentés par le rapport « L’École bien dans ses murs » (Alliance Écologique et Sociale, septembre 2025, dont la CGT Éduc’action est signataire), résument l’ampleur des besoins.
Dans l’académie de Rennes, lors du CSA académique du 4 juin 2026, la CGT Éduc’action Bretagne a alerté l’administration sur ces réalités concrètes. Dans de nombreux lycées, ateliers de bac pro, bureaux administratifs et internats, les températures observées ont rendu les conditions d’enseignement et le passage des épreuves d’examen particulièrement difficiles, voire dangereuses. Cette situation n’a rien d’exceptionnelle : elle se reproduira et elle s’intensifiera.

« Dans les salles de classe, il n’était pas rare la semaine dernière de dépasser 35 °C. En hiver, on a mesuré des températures en deçà du seuil minimum réglementaire. Ce n’est pas une école, c’est un thermomètre. »
Témoignage d’un·e enseignant·e du premier degré, juin 2025 (campagne AES)

2. Ce que prévoit la Région Bretagne…et ce qui manque encore

En décembre 2025, la Région Bretagne a adopté un nouveau programme d’actions 2026–2028 pour ses 116 lycées publics, doté de 322 millions d’euros. Parmi ses priorités : la rénovation thermique des bâtiments, la solarisation des toitures et l’accélération de la transition énergétique. La démarche « Lycées 2040 », menée en lien avec le comité de pilotage réunissant Région, Rectorat et acteurs locaux, entend adapter les capacités d’accueil à la baisse démographique attendue tout en rationalisant l’usage des équipements (restauration, internats, salles spécialisées).
Le Plan Énergie Lycées, lancé en 2019 sur les 115 lycées propriétés de la Région, vise une réduction des consommations énergétiques de 60 % et des émissions de GES de 50 % d’ici 2050. Il se décline en audits énergétiques, isolation par l’extérieur (trois sites par an), raccordement aux réseaux de chaleur urbains, installation de chaufferies biomasse, production photovoltaïque (objectif ×6 d’ici 2030) et achat d’électricité verte. En 2025, 25 lycées étaient déjà raccordés à un réseau de chaleur urbain et 8 fonctionnaient avec une chaudière biomasse.
Ces engagements sont réels et méritent d’être salués. Mais ils présentent deux angles morts majeurs que la CGT Éduc’action Bretagne ne peut passer sous silence.
Premier angle mort : le rythme. Trois réhabilitations lourdes par an face à 116 lycées, sans compter les autres structures, c’est un horizon de décennies pendant lesquelles personnels et élèves continueront à travailler dans des conditions dégradées.
Deuxième angle mort : l’État se défausse. Le plan gouvernemental « canicule » présenté en juin 2026, dénoncé par la CGT Éduc’action comme un « plan vide et inadapté », renvoie aux seules collectivités territoriales la charge de la rénovation, sans modification réglementaire, sans obligation thermique, sans calendrier contraignant. Le Fonds vert, divisé par quatre en deux ans (de 2,5 Md€ en 2024 à moins de 850 M€ en 2026), est loin de compenser ce désengagement étatique.

3. Un enjeu de conditions de travail et de santé au travail

La rénovation énergétique n’est pas qu’une question de sobriété ou d’empreinte carbone. C’est d’abord une question de santé et de conditions de travail pour l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale — enseignant·es, personnels administratifs, de santé, sociaux, techniques, agent·es territoriaux·ales.
Des locaux mal isolés, sans protection solaire, sans ventilation mécanique contrôlée, constituent un risque professionnel que ni l’État-employeur ni les collectivités ne reconnaissent formellement à sa juste mesure. Le décret du 27 mai 2025 sur la prévention des risques liés à la chaleur constitue une avancée. La CGT exige sa pleine application dans tous les établissements et services de l’académie. Mais ce décret ne fixe toujours pas de seuil de température contraignant.
En Bretagne, le dispositif du Registre Santé Sécurité au Travail numérique (RSST), dont la CGT Éduc’action Bretagne combat les nouvelles conditions générales d’utilisation restrictives portées par le Rectorat, devrait précisément servir à recenser ces atteintes aux conditions de travail. Des salles de classe à 35 °C, un chauffage défaillant en janvier, une ventilation absente : autant de situations qui méritent d’être consignées, instruites…et surtout corrigées !

4. La rénovation écologique, un levier éducatif et social

Au-delà des conditions immédiates de travail et d’étude, la rénovation écologique du bâti scolaire est aussi un levier pédagogique. Des établissements équipés de panneaux photovoltaïques, raccordés à des réseaux de chaleur biosourcés, végétalisés dans leurs cours et préaux, sont des espaces qui donnent à voir la transition écologique en actes (et pas seulement en cours de SVT).La vétusté du bâti amplifie par ailleurs les inégalités sociales et territoriales : les établissements accueillant les publics les plus fragiles sont souvent ceux dont les bâtiments sont les plus dégradés, les moins confortables. Rénover ces écoles, ces collèges et ces lycées, c’est aussi affirmer que le service public d’éducation s’engage de façon égale envers toutes les élèves et tous les élèves, quel que soit leur territoire. La démarche Lycées 2040 reconnaît elle-même cet enjeu territorial en prévoyant une meilleure mutualisation des équipements entre établissements voisins. Pour la CGT Éduc’action Bretagne cette mutualisation ne doit pas devenir un prétexte à la fermeture d’établissements de proximité, en particulier dans les territoires ruraux ou périurbains de l’académie de Rennes.

LES REVENDICATIONS DE LA CGT ÉDUC’ACTION BRETAGNE

Un plan massif et pluriannuel de rénovation thermique couvrant l’ensemble du bâti scolaire breton (écoles, collèges, lycées et services académiques), avec des financements de l’État, des collectivités territoriales intégrant un calendrier contraignant et des objectifs chiffrés de performance énergétique.
La reconnaissance de la chaleur comme risque professionnel avec l’inscription d’un seuil de température contraignant dans la réglementation applicable à la fonction publique d’État et la pleine application du décret du 27 mai 2025 dans tous les établissements et services de l’académie de Rennes.
L’accélération du rythme de réhabilitation dans les lycées publics bretons, avec un objectif d’au moins dix opérations lourdes par an (isolation, menuiseries, ventilation, protection solaire) au lieu des trois actuellement programmées.
La végétalisation des espaces extérieurs (cours, préaux, abords des bâtiments) dans tous les établissements, avec des financements fléchés dans les plans pluriannuels des collectivités responsables.
L’association pleine et entière des personnels et de leurs représentant·es à la définition et au suivi des projets de rénovation afin que les chantiers répondent aux besoins réels des usager·ères et non à des critères de seule gestion immobilière.
Le refus de toute mutualisation qui masque des fermetures : la démarche Lycées 2040 ne doit pas devenir un outil de réorganisation par le bas du service public sous couvert de transition énergétique. Chaque projet de regroupement doit faire l’objet d’une concertation approfondie avec les communautés éducatives concernées.
Une dotation budgétaire de l’État à la hauteur de l’enjeu : le Fonds vert doit être massivement abondé pour permettre aux communes et aux départements bretons de mener les rénovations nécessaires dans les écoles primaires et les collèges.

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