La carte des formations comment ça marche ?

Les modalités d’élaboration de la carte des formations sont cadrées par la circulaire interministérielle du 13/07/23. La transformation de la carte des formations est désormais pluriannuelle et engage tous les acteurs (sous-préfets, acteurs socio-économiques…) en partant des besoins locaux. Elle repose sur l’analyse dans chaque territoire « des besoins de l’économie et des parcours de formation à proposer aux élèves ». Chaque lycée professionnel y est impliqué par « autodiagnostic » et propose les filières à fermer. L’objectif de la carte en cours est que toutes les formations non-insérantes soient fermées pour la rentrée 2026.

Dans notre académie, une variable supplémentaire s’ajoute : la forte présence du réseau d’établissements confessionnels. Les politiques à la manœuvre se sont donnés pour mot d’ordre de répartir à 40/60 les ouvertures de filières. Au nom de quel texte de loi ? Nous n’avons jamais eu de réponse à cette question !

Qui est impliqué ?

La Région Bretagne, les établissements, les organismes de formation, les entreprises, les branches professionnelles… le tout sous l’autorité des sous-préfets, échangent lors de différentes « instances de dialogue »

-Au niveau du bassin d’emploi, dans les Comités territoriaux Emplois, Formation, Insertion (qui « discutent » aussi de bien d’autres sujets)

-Au niveau du département, dans les Comités départementaux Emplois, Formation, Insertion

-Au niveau régional, dans les réunions du Comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles (CREFOP)

Dans ces réunions, c’est l’outil Orion qui permet le calcul d’un indicateur de performance actualisé chaque année pour chaque formation. Cet indicateur est calculé à partir de :

  • la capacité d’accueil,
  • du nombre de candidatures exprimées,
  • du taux d’obtention des diplômes,
  • du taux de poursuite d’études ou d’accès à l’emploi,
  • de la valeur ajoutée.

Il permet la production de cartographies (appelés cadrans) mettant en évidence la « performance » de chaque formation.

Pour tester l’outil : https://orion.education.gouv.fr/

Des conventions tripartites entre les préfets, l’académie et le conseil régional visent à renforcer les partenariats entre ces institutions pour imposer l’adéquation entre les formations et les besoins en emplois locaux. Le LP est considéré comme l’un des instruments pour atteindre, sous l’égide de France Travail, l’objectif de 5% de taux de chômage dans le cadre de la loi dite « plein emploi 2027 ». Le développement de formations « low cost » a pour finalité d’attaquer la qualification pour individualiser le salaire et rémunérer à faible « coût » en fonction de la compétence attachée au poste de travail.

Il s’agit de « tenir compte des grandes transitions que connaît notre société et de créer de nouveaux diplômes qui correspondent aux nouveaux métiers émergents », mais derrière ces éléments de langage se cache la volonté de répondre surtout à la demande de main-d’œuvre des métiers en tension. La réponse à la « transition écologique » s’arrête à la révision des diplômes de construction et d’installations thermiques. Pour ce qui est du « défi numérique » seul le baccalauréat professionnel « cybersécurité, informatique et réseaux, électronique » a été rénové. Enfin pour le «défi démographique » : un nouveau CAP « grand âge » et une mention complémentaire « aide à domicile» ont été lancées à la rentrée 2023. La rénovation de ces diplômes est à chaque fois l’occasion de les réécrire en bloc de compétences.

Dans un contexte de concurrence totalement déloyale avec l’apprentissage qui bénéficie d’aides publiques très conséquentes, la réforme veut :

  • fermer, pour 2027, 25% des formations qui mènent insuffisamment à l’emploi ou à la poursuite d’études ;
  • ouvrir dans les secteurs en tension (industrie, services à la personne, numérique, énergie, bâtiment durable, mobilités douces, etc.).

Là encore, il s’agirait de mieux « préparer les élèves aux emplois d’avenir et aux métiers en tension : la décarbonation de l’industrie, la souveraineté énergétique et industrielle, la compétitivité économique, l’alimentation saine et durable, etc… ».

Carte des formations 2025

Mais, concrètement, voilà les formations qui ont été ouvertes en 2025 dans notre académie (pour l’enseignement public) :

  • CAP métiers de la coiffure au lycée Alphone-Pellé à Dol-de-Bretagne -35- ;
  • CAP conducteur d’installation de production au lycée Marcel-Callo à Redon -35- ;
  • Bac pro cybersécurité, informatique, réseaux, électronique au lycée Jean-Guéhenno à Fougères -35- ;
  • Bac pro technicien en chaudronnerie industrielle au lycée Pierre-Mendes-France à Rennes -35- ;
  • Certificat de spécialisation (CS) de maintenance des installations oléohydraulique et pneumatiques au lycée Jean-Jaurès à Rennes -35- ;
  • CS organisation de réception au lycée Yvon-Bourges à Saint-Malo -35- ;
  • BTS gestion de la production audiovisuelle et BTS métiers du montage et de la postproduction au lycée Jean-Marie-le-Bris à Douarnenez -29-

Et celles qui ont fermé :

  • Bac pro Assistance à la gestion des organisations et de leurs activités au lycée Marcellin-Berthelot à Questembert -56- ;
  • Formation complémentaire d’initiative locale (FCIL) Cao Dao au lycée Jean-Monnet à Quintin -22- ;
  • FCIL restauration de meubles anciens au lycée Duguesclin à Auray -56- ;
  • FCIL mécanique véhicules de sport et de collection au lycée Jean Guéhenno à Vannes -56- ;
  • Certificat de spécialisation technicien en énergies renouvelables électriques au lycée Le Taillendier à Fougères -35- ;
  • Certificat de spécialisation animation et gestion du secteur sportif au lycée Jaques Cartiers à Saint-Malo -35- ;
  • CS coiffure, coupe couleur au lycée Marie-Le-Franc à Lorient -56- ;
  • BTS conseil et commercialisation de solution techniques au lycée Jean-Guehenno -56-

Développer les formations locales non qualifiantes et non pérennes

Il y a une volonté de développer les colorations (du bac pro au BTS) pour répondre aux besoins en emplois des métiers en tension ou « d’avenir » (aka : « métiers en tension bientôt ») c’est-à-dire :

  • de développer un enseignement modulaire
  • pour tous les publics (scolaire/adulte en formation/privé·es d’emploi)


Un exemple avec l’UMN (université des métiers du nucléaire) : la coloration nucléaire

objectif : répondre aux besoins sur des métiers en tension de la filière nucléaire française

La pédagogie : l’ UMN fournit un module commun de formation, une immersion d’acculturation sur une installation nucléaire, les situations pédagogiques professionnelles contextualisées.

Les moyens : aucun moyen horaire spécifique

Pour quelle qualification ? une « attestation de réalisation »

Attention, vigilance : les colorations de ce type doivent faire l’objet d’un conventionnement et donc d’un vote au conseil d’administration

Autre type de formation privilégiée : les FCIL (formations complémentaires d’initiatives locales). Travaillées entre une équipe pédagogique et des partenaires professionnels, ces formations non pérennes disposent de peu de moyens DGH et ne sont pas qualifiantes.

Enfin, l’annonce de 20 000 places en Certificats de spécialisation (ex Mention complémentaire) donne une idée de la volonté de ne plus amener les élèves de Bac pro vers de réelles études supérieures.

Pour le minisère, un an de formation pour des élèves de LP, c’est une « spécialisation » et un sas vers l’insertion. Etant donné qu’un certificat de spécialisation c’est plus de 50% du temps de formation en entreprise, le Bac +1 s’apparente surtout à une période d’essai d’un an. Ces formations pourraient être aussi colorées comme la « MC Technicien en peinture aéronautique » au « lycée Airbus » de Toulouse.

Le Bac +1 contre le Bac +2 !

La présentation d’une étude du CEREQ semble annoncer que le développement des Bac +1 vise à réduire les flux vers le Bac +2 « Ceux qui échouent dans le supérieur (41 % de ceux s’y étant engagés) rencontrent des conditions d’insertion proches des bacheliers entrés directement sur le marché du travail, une orientation vers un « bac+1 » (validé ou non) aurait été plus bénéfique. » « Elle met en évidence que l’obtention d’une certification complémentaire d’un an au bac pro peut s’avérer presque aussi gratifiante qu’une poursuite d’études réussie dans l’enseignement supérieur et clairement plus gratifiante si cette poursuite d’études se solde par un échec. En revanche, le pari de l’enseignement supérieur devient gagnant pour ceux qui en sortent diplômés, en termes de qualité d’emploi (statut, qualification et rémunération). »

CEREQ Etudes, n° 52, Octobre 2023, 32 p. Débuter un bac pro : pour quels diplômes et quelle insertion ?

Calendrier de la carte des formations 2026

8 oct 2025

Bureau du CREFOP

Étape 1

Première présentation du projet de carte 2026

17 nov 2025

CREFOP Plénier

Contactez votre syndicat départemental pour avoir des infos : les documents sont communiqués le 12 aux membres du CREFOP.Le CREFOP vote la version finale après échange en son sein.

13 oct 2025

Commision FI du CREFOP

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27 nov 2025

CAEN

Vote de la carte par l'EN

Même en cas de vote contre, la carte suit son chemin !

14 oct 2025

CSA-A

Rectorat

Interpellation CGT du Rectorat durant l’instance

10 déc 2025

Conseil régional

Vote par les élu·es

La carte s’impose aux établissements qui doivent l’appliquer

L’année dernière, première mouture de ce processus, malgré nos interventions, nos votes contre lors du CSA-A, du CREFOP plénier et du CAEN, le projet a été présenté au Conseil régional quasi à l’identique. Nous continuerons notre rôle d’alerte dans les différentes instances, mais sans l’appui des élu·es et la mobilisation des personnels, élèves et parents nous ne ferons qu’assister à la destruction de la voie professionnelle dans l’Éducation nationale.

Pour l’enseignement pro, la CGT Éduc revendique :

  • L’abrogation du parcours en Y
  • La diminution et la sécurisation des PFMP
  • Un plan d’urgence pour la voie pro et l’augmentation du nombre des places en LP
  • Un carte des formations tenant compte des besoins sociaux et des enjeux écologiques

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