En décembre 2025, la CGT (CGT Éduc'action 29 et CGT du CD29) a rencontré le président du conseil départemental du Finistère. Au cœur des échanges : l'accueil dans les collèges publics. Cette mission relève du Département. Pourtant, dans de nombreux établissements, ce sont des personnels de l'Éducation nationale qui l'assurent. Sans moyens. Sans reconnaissance. Et au détriment de leurs propres missions.
Un cas qui en révèle beaucoup d'autres
Nous sommes parti·es du cas d'un des collèges du centre Finistère. Là, comme dans bien d'autres établissements, il n'y a pas de loge d'accueil. Il n'y a pas non plus d'agent·e du Département affecté·e à l'accueil. Résultat : c'est la secrétaire de direction qui s'en charge. Elle est agente de l'Éducation nationale et pourtant elle doit répondre au téléphone, accueillir le public et gérer l'ouverture du portillon : des missions d'accueil qui relèvent du CD. Et bien sûr, elle doit faire cela, en plus de son propre travail.
Ce n'est pas un cas isolé. C'est le signe d'un glissement. Le Département n'affecte pas d'agent·es d'accueil. Les personnels de l'Éducation nationale comblent le vide. L'accueil, l'entretien et la restauration sont pourtant des compétences du Département. L'inverse existe aussi : dans certains collèges, des agent·es du Département assurent des tâches de l'État, comme le port du courrier. Mais dans ces cas, le CD est prompt à rappeller à l'Éducation nationale qu'elle outrepasse ses droits...
Pour la CGT, c'est clair : chaque employeur doit assumer ses missions. Ce n'est pas aux salarié·es de payer le prix du flou entre l'État et le Département.
Des loges d'accueil qui disparaissent
Nous avons pu constater que lors des rénovations, les loges d'accueil disparaissent. Dans les collèges neufs, comme à Landerneau ou à Saint-Renan, elles ne sont même plus construites.
Dans le collège de notre exemple, le réfectoire va être restructuré. C'était l'occasion de créer une loge près du portillon. Mais cette chance n'a pas été saisie. Or, c'est l'absence de local qui sert justement d'argument pour ne pas créer de poste. La boucle est bouclée. Nos interlocuteurs ont reconnu qu'il était « quasi impossible » de modifier un programme de travaux en cours, à cause des règles des marchés publics.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes
L'administration a fourni des données sur l'accueil dans les collèges publics du Finistère :
- 38 collèges ont droit à un mi-temps d'accueil et 19 à un temps plein. Sur le papier, cela fait 38 postes.
- Dans les faits, seuls 19,5 équivalents temps plein sont réellement affectés à l'accueil.
- L'accueil est assuré à 51 % par des personnels de l'État, à 26 % par des agent·es du Département et à 24 % par les deux.
- Seul un collège sur deux (51 %) dispose d'un espace d'accueil dédié.
Ces chiffres confirment ce que les collègues vivent au quotidien : plus de la moitié de l'accueil repose sur des personnels qui ne devraient pas l'assurer.
Des postes utiles aussi pour les agent·es du Département
La CGT a rappelé un autre enjeu. Les postes d'accueil sont des postes « doux ». Ils permettent de reclasser des agent·es du Département après un accident de service ou en cas de restrictions médicales. Ils et elles évitent ainsi des situations d'inaptitude.
Le besoin est réel : les agent·es des collèges représentent 50 % des accidents du travail au Département. Le président s'est dit « d'accord » sur le principe. Il a jugé l'idée « de bon sens ». Mais il a aussi mis en avant la lourdeur de la fonction publique territoriale pour la mettre en œuvre.
Qui encadre les agent·es des collèges ?
Les agent·es du Département travaillent sans encadrement de proximité de leur employeur. Dans les faits, ils et elles sont sous la seule autorité de la ou du gestionnaire. L'administration parle de « double rattachement » : le chef ou la cheffe d'établissement pour le quotidien, le Département comme employeur. Elle refuse de « reprendre en frontal » la gestion des 62 collèges, tout en admettant qu'il faut mieux s'organiser.
En F3SCT du CD29, il a même été répondu à un militant syndical que « ce n'est pas le Département qui gère le personnel, mais la gestionnaire ». Pour la CGT, c'est inacceptable. Le Département est l'employeur. Il doit assumer ses responsabilités.
Budget : des choix politiques
Le Département met en avant ses efforts. Le budget d'investissement des collèges atteint 29 millions d'euros par an, soit +15 % depuis 2022. Les agent·es en arrêt maladie sont désormais remplacé·es à 100 % dès le 15e jour, contre 50 % auparavant. Cela représente environ un million d'euros, soit une vingtaine de postes.
Ce sont des avancées. Mais le Département donne la priorité aux gros chantiers (demi-pensions, gymnases). Il refuse de viser 33 ou 34 millions d'euros d'investissement. Et dans le même temps, il maintient 15 millions d'euros pour l'enseignement privé, dont 2,3 millions au-delà de ses obligations légales. Au nom de la « paix scolaire », aucune remise en cause n'est envisagée. Pour la CGT, l'argent public doit d'abord aller à l'école publique.
Ce que le Département refuse
- S'engager à construire des loges d'accueil dans les collèges neufs ou rénovés.
- Modifier le programme de travaux en cours dans ce collège : « Hélas, c'est pas comme ça que ça fonctionne ».
- Créer tout de suite des postes d'agent·es d'accueil à temps plein.
Le président a déclaré entendre parler du sujet « pour la première fois de [sa] vie ». Il reconnaît un « impensé ». Pour la CGT, cet impensé a un coût : il pèse chaque jour sur les collègues.
Ce que la CGT revendique
- Un poste d'agent·e d'accueil du Département dans chaque collège public.
- Une loge d'accueil dans chaque collège, prévue dans tous les projets de construction et de rénovation.
- Le respect strict des missions de chacun·e : pas de transfert de charge vers les personnels de l'État, ni l'inverse.
- Des postes adaptés pour reclasser les agent·es du Département qui en ont besoin.
- Un vrai encadrement des agent·es par leur employeur, le Département.
- L'argent public pour l'école publique.
Vous vivez une situation similaire ?
Vous êtes secrétaire administratif·ve ? On vous demande d'assurer l'accueil, la surveillance du portillon ou d'autres tâches qui ne relèvent pas de vos missions ? Votre collège n'a pas de loge d'accueil ?
Ne restez pas seul·e. Contactez la CGT Éduc'action du département où vous travaillez. Ensemble, faisons respecter nos missions et nos conditions de travail.





