Madame la rectrice, Monsieur le préfet de région, (en fait, ni l’une, ni l’autre n’étaient présent·es)
Mesdames et messieurs les membres du CAEN,
Carte des formations pluri-annuelle saison 2,
Commençons par ce qui s’est amélioré : le délai entre les prises de décisions de fermeture et le CAEN est un peu plus long. Cela laisse le temps à nos collègues de nous contacter (enfin, celles et ceux qui ont été informé·es par leur chef·fe d’établissement de la situation !). Mais, à chaque fois la sidération est la même : « pourquoi cette formation ? »
Ces collègues nous parlent de leur formation en tant qu’expert·es du terrain :
- La filière a été en difficulté, il y a quelques années.
- Et puis, l’équipe s’est décarcassée pour la faire connaitre par des participations à des salons, des forums, un travail sur la communication interne à l’EN, comme externe. Le tout, bien évidemment, de manière bénévole et parfois le week-end.
- Et à la fin, ce n’est jamais assez, la sanction tombe : le nom apparait sur la liste des fermetures. On voudrait démotiver les collègues, on ne s’y prendrait pas autrement.
Ailleurs, c’est la méconnaissance des publics accueillis qui frappe. Ainsi le CAP équipier polyvalent du commerce qui accueille surtout des élèves en situation de handicap. Elèves qui une fois diplomé·es ont des difficultés à trouver un emploi. Mais est-ce aux établissements de payer le prix de la réticence des entreprises à engager des salarié·es en situation de handicap ?
Près d’ici, à Bréquigny, on supprime une formation dans un lycée qui accompagne les élèves en difficultés « relégué·es » en STMG et pour qui ce BTS est une forte perspective positive avec en plus une ouverture culturelle et internationale non-négligeable.
Enfin, parfois, cela relève simplement d’une conjonction de désorganisation et de « management » médiocre. Ainsi, comment sérieusement prendre pour des indicateurs fiables les chiffres de remplissage du CAP marqueterie, alors que l’enseignante sur qui repose la formation est en arrêt maladie et que tout son travail de recrutement d’élèves a été laissé en jachère ?
Un jour, lors d’une réunion du CREFOP, une liste d’ouvertures et de fermetures arrive entre les mains des membres du comité. Qui a établi cette liste ? A quel moment et entre qui y a-t-il eu un débat sur l’opportunité de la fermeture, par exemple, d’une formation marqueterie unique en Bretagne ? Et puis cette liste poursuit son chemin, peu importe les arguments soulevés par les OS, les collègues qui se mobilisent, les partenaires engagé·es dans cette formation, la liste poursuit son chemin. Aujourd’hui elle est ici au CAEN, sans doute que rien ne bougera, Au mois de décembre, elle sera en séance plénière du CRB, sans doute que rien ne bougera…Pourquoi ? Parce que les raisons et la responsabilité de l’établissement de cette liste se sont diluées dans les instances. « Ce n’est pas moi » dit Madame la rectrice, « c’est la Région qui m’oblige ». « Ce n’est pas moi » dit la représentante de la Région « c’est l’Éducation nationale qui nous oblige à fermer si on veut ouvrir ». À la fin du parcours de cette « carte des formations », ce sont l’ensemble des habitant·es de la Région qui sont perdant·es :
- les parents d’élèves en situation de handicap qui ne trouvent plus de place dans les formations professionnelles ;
- les jeunes qui veulent se former sans partir hors de la Région ;
- la région qui perd des compétences professionnelles parfois importantes pour la préservation de son histoire, sa culture ;
- et enfin les personnels de l’Éducation nationale qui perdent leur poste ou a minima la motivation pour leur métier.
Et, si nous refusions cette dilution des responsabilités et pour une fois, faisions bouger la liste ? Serions-nous instantanément foudroyés sur place ?
À la CGT, on se dit : « ça se tente ! »
Ce qui se tente également, c’est d’arrêter la folie que constituerait la fusion des trois établissements de la Cité scolaire de Kerichen en une usine à élèves…